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L'avenir du Trekking : l'autonomie?

23 Octobre 2014 , Rédigé par Revalpin Publié dans #Voyages

Nous sommes de retour d'un trekking en Inde, où un concours de circonstances nous a poussé à partir 10 jours en autonomie totale au dessus de toute zone habitée. Tout c'est bien passé, même mieux que l'on pouvait espéré avec un petit sommet à la clef.

Alors voila, l'avenir du trekking serait il dans l'autonomie? Jusqu'alors, cela ne va pas de soi du tout. Il est plutôt d'usage de partir avec une équipe de porteurs. Il n'y a bien qu'au Népal et surtout aux Annapurna, Langtang et Khumbu que l'on trouve tout le long du chemin des lodges offrant des hébergements et des repas très appréciés. Quand on sort de ces zones, il faut une logistique différente sous tente avec une autonomie en nourriture, combustible, sac de couchage chaud et matelas. Ajoutez à cela le matériel glaciaire si nécessaire, voire même de quoi faire un peu d'alpinisme au passage, et votre trek prend les allures d'une expédition avec porteurs, chef porteur, cuisinier, guide local, quand il n'y a pas de plus un officier de liaison imposé par le gouvernement dans les zones sensibles des frontières du pays.

Au passage du col Auden nous croisons un grand groupe de porteurs: c'est le monde à l'envers. Nous, les 3 touristes étrangers, sommes seuls. Les 5 touristes indiens de Bombay dans leur propre pays sont accompagnés de 20 porteurs indiens et népalais!

Au passage du col Auden nous croisons un grand groupe de porteurs: c'est le monde à l'envers. Nous, les 3 touristes étrangers, sommes seuls. Les 5 touristes indiens de Bombay dans leur propre pays sont accompagnés de 20 porteurs indiens et népalais!

Les porteurs sont équipés au minimum: ici ils ont tous leurs vétements sur eux à 5400m. Si la météo tourne au mauvais, c'est sauve qui peut vers le bas!.

Les porteurs sont équipés au minimum: ici ils ont tous leurs vétements sur eux à 5400m. Si la météo tourne au mauvais, c'est sauve qui peut vers le bas!.

Chargement presque provocateur à cette altitude. Mais pourtant le seau rose n'est que la partie immergée de la quinquaillerie allucinante du cook : 2 cocotes minutes, gazinière, panoplie de poelles pour les chapatis, table et chaises pliantes pour les touristes...

Chargement presque provocateur à cette altitude. Mais pourtant le seau rose n'est que la partie immergée de la quinquaillerie allucinante du cook : 2 cocotes minutes, gazinière, panoplie de poelles pour les chapatis, table et chaises pliantes pour les touristes...

J'ai fait pas mal de trekking de cette manière et j'en ferais probablement encore.

Pourtant plusieurs éléments changent petit à petit la donne.

- L'évolution des mentalités des peuples de porteurs: En effet les jeunes Sherpa, Tamang et Gurung qui ont accès à la télé et à l'éducation ne veulent pas laisser leur santé en portant comme leurs aînés. Et s'est bien normal. Ceux que j'avais en 2013 au Népal étaient habillés en jean avec les derniers tee shirts à la mode. Et si les conditions tournent au vinaigre, ils n’essayeront plus de passer un col avec 1m fraiche en basket emballées dans des sacs plastiques (du vécu). Ils demandent à porter de moins en moins lourds: 25kg contre plus de 40kg avant. Ceci leur permet aussi de prendre quelques affaires personnelles en plus de leur charge et de moins se cailler tout simplement! Ceux qui continuent ce métier veulent de meilleur condition financière, des assurances et un contrat de prévoyance.

- L'évolution des prix: il est loin le temps (lu dans les livres des années 70) des porteurs à 1$ par jour. En 2014 on parle plutôt de 10€ par jour. L'inflation est très importante dans tous les pays himalayens et les prix ont doublés pour ce que j'ai pu voir depuis 5 ans. Un trek de 2 semaines commercialisé 2000€ par personne est dans la norme en Inde ou au Népal et si vous demandez en plus un accompagnant qui parlent votre langue et un vrai guide vous arrivez au même prix que les agences françaises.

- L'aménagement des vallées himalayennes: la construction des routes progressent dans les vallées, et la vie courante des vallées ne nécessite plus de porter pour ravitailler les villages. Les locaux qui veulent tirer parti du tourisme construisent des lodges, et les autres partent à la ville. Plus personne n'a d’intérêt à porter et on propose des mules ou un yak aux touristes qui ont encore besoin de faire porter leur bagage. Ceux qui voudraient monter en haute montagne avec des porteurs ont intérêt d'arriver de la capitale avec des porteurs venant de loin (souvent népalais) car plus personne ne pratique ce dur métier depuis l'arrivée des pistes carrossables dans la vallée.

- La lourdeur d'une grosse équipe de porteur qui n'est pas flexible. Il faut trouver de grands emplacements pour poser le camp chaque soir, ce qui contraint à s'arrêter parfois trop tôt ou trop loin. Il n'est pas non plus possible de rester 2 jours de plus en altitude pour profiter d'une fenêtre météo et tutoyer les sommets. Une fois passé un col, les porteurs descendent rapidement le plus bas possible, car ils ne sont pas équipés pour rester longtemps dans la neige.

En Inde au Garwall, les mules permettent de porter nos sacs sans problème jusqu'au dernier village de la vallée de Guttu. Au dessus, on nous a promis des porteurs.

En Inde au Garwall, les mules permettent de porter nos sacs sans problème jusqu'au dernier village de la vallée de Guttu. Au dessus, on nous a promis des porteurs.

Nous avons essayé d'embaucher des porteurs locaux au village de Gangi. En plus d'être des escrocs,  ils ne savaient pas porter une charge. Ils ont tenté le coup classique de nous extorquer des roupis en menaçant de laisser les charges en plan. Du coup nous avons fait demi tour après une journée infructueuse de marche avec eux.

Nous avons essayé d'embaucher des porteurs locaux au village de Gangi. En plus d'être des escrocs, ils ne savaient pas porter une charge. Ils ont tenté le coup classique de nous extorquer des roupis en menaçant de laisser les charges en plan. Du coup nous avons fait demi tour après une journée infructueuse de marche avec eux.

Du coup nous voila partis seul de chez seul pour traverser la chaine du Garwall. Les sacs sont bouclés avec 8 jours de nourriture qui peuvent permettre de tenir 10 jours. Nous avons renvoyé le matériel superflu à la ville la plus proche avec notre cuisinier qui nous avait accompagné jusque là. Nous avons gardé une seule tente 2 places pour 3. J'ai très vite abandonné mes baskets pour les chaussures de hautes montagnes permettant d'alléger le sac. A nous la liberté absolue.

Du coup nous voila partis seul de chez seul pour traverser la chaine du Garwall. Les sacs sont bouclés avec 8 jours de nourriture qui peuvent permettre de tenir 10 jours. Nous avons renvoyé le matériel superflu à la ville la plus proche avec notre cuisinier qui nous avait accompagné jusque là. Nous avons gardé une seule tente 2 places pour 3. J'ai très vite abandonné mes baskets pour les chaussures de hautes montagnes permettant d'alléger le sac. A nous la liberté absolue.

Notre tente est minuscule au milieu des glaciers: Est ce bien raisonnable d'être seul ici, à 4 jours de marche du village le plus proche.? Nous n'avons pas osé dire au dernier village traversé, que l'on voulait traverser le massif de peur qu'ils nous en empêchent. Ils nous auraient pris pour des fous. Les instituteurs nous ont prévenus que c'était complettement interdit de monter plus haut que le dernier village.

Notre tente est minuscule au milieu des glaciers: Est ce bien raisonnable d'être seul ici, à 4 jours de marche du village le plus proche.? Nous n'avons pas osé dire au dernier village traversé, que l'on voulait traverser le massif de peur qu'ils nous en empêchent. Ils nous auraient pris pour des fous. Les instituteurs nous ont prévenus que c'était complettement interdit de monter plus haut que le dernier village.

Du coup l'avenir nous cantonnerait au trekking de lodge en lodge, avec la disparition des porteurs.

Bien sûr que non! Il faut abandonner notre vision colonialiste de ces pays et se mettre à la portée des habitants locaux qui vont mener leur troupeaux jusque dans les hautes vallées en autonomie pendant plusieurs semaines. Il est devenu possible de partir en autonomie sans avoir des sacs impossibles en Himalaya :

- le matériel léger et performant a permis cette révolution: duvet très chaud de 1,5 kg, tente mono toit, matelas très confort ultra léger, petit réchaud à gaz ultra performant (4 cartouches 230g pour 3 personnes pendant 10 jours), on trouve des cartouches de gaz à visser à Delhi, Katmandou, Islamabad et ailleurs surement. Les vêtements chauds se sont aussi un peu allégés avec les doudounes et les vêtements ultra respirant permettent de se passer de rechange car tout sèche très vite. Il est aussi possible de prendre du matériel d'alpinisme léger : mieux vaut des crampons en aciers si vous rencontrez des pentes de glace, par contre baudriers, corde et piolets peuvent être sélectionné dans le matériel ultra-light si l'on ne prévoit pas de course trop technique.

- Certes, il n'existe pas de cartes topographiques précises en himalaya, sauf dans quelques coin du Népal et un guide local peut être indispensable. Mais une bonne préparation sur internet peut palier ce problème: on trouve des descriptions et des photos de la plupart des itinéraires. Le GPS permet de vérifier sa situation à tout moment sur une carte calibrée. Une impression de la photo satellite google earth complète la carte.

- Il est possible d'avoir des prévisions météo grâce au téléphone satellite au fond de l'Himalaya diminuant nettement le risque de s'engager pour plusieurs jours en altitude. Ceci permet d'alléger encore les sacs et de ne pas prendre un équipement pour le très gros mauvais temps. Si la tempête de neige est annoncée, on attend que ça se passe à plus basse altitude, avant de s'engager pour passer un col par exemple.

- Reste la nourriture: le nerf de la guerre. Là je ne peux donner aucun conseil. Je ne pense pas qu'il faille conseiller de manger des lyophilisés pendant tout un trek. Il faut panacher et varier les saveurs. Le tout et de faire des portions énergétiques pour chaque jour. Nous avions des lyophilisés pour la moitié du trek, et de la nourriture locale très épicées pour le reste. Avec des fruits secs, des biscuits et du jambon sec ramené de France nous avons tenu 9 jours. On était bien sûr mort de faim en arrivant à Gangotri, pour mieux apprécier les talis et autres délicieuses kulfis du premier restaurant où nous nous sommes engouffrés.

Seul, les rencontres avec les villagois prennent une autre tournure. Nous nous mettons à leur niveau, sans artifice, sans guide indien entre nous.

Seul, les rencontres avec les villagois prennent une autre tournure. Nous nous mettons à leur niveau, sans artifice, sans guide indien entre nous.

Nous ponsons chaque soir notre petite tente où bon nous semble au détour du grand glacier de Kathling.

Nous ponsons chaque soir notre petite tente où bon nous semble au détour du grand glacier de Kathling.

Nous avons pu observer une faune sauvage (moutons bleus ou barrhals) qu'il ne nous était jamais arrivé d'approcher de si près dans un grand groupe.

Nous avons pu observer une faune sauvage (moutons bleus ou barrhals) qu'il ne nous était jamais arrivé d'approcher de si près dans un grand groupe.

Nous passons 4 jours au dessus de 5000m permettant de monter sur une antécime du Gangotri III à plus de 6000m.

Nous passons 4 jours au dessus de 5000m permettant de monter sur une antécime du Gangotri III à plus de 6000m.

Seul l'épuisement des victuailles nous poussent à descendre. Un sentiment de liberté absolu a transformé à jamais notre vision du trek en himalaya.

Seul l'épuisement des victuailles nous poussent à descendre. Un sentiment de liberté absolu a transformé à jamais notre vision du trek en himalaya.

Suite des photos dans un autre article.

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